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Perspectives sur la sécurité alimentaire

La sécheresse persistante maintient la catégorie des très pauvres en Crise dans certaines zones

Juillet 2015 - Décembre 2015
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Messages clés

  • La sécheresse s’est abattue sur tout le pays, entre avril et juin, période qui coïncide avec la principale saison agricole. Selon les agronomes intervenant sur le terrain, cette sécheresse induit des pertes considérables de récolte ; ils estiment que la production agricole pour cette campagne sera en-dessous de 50 pour cent par rapport à une année normale. 

  • La forte probabilité que le phénomène El Niño continue et les prévisions saisonnières indiquant des pluies en dessous de la moyenne jusqu’en décembre, suggèrent une performance inférieure à la normale de la deuxième saison agricole qui s’étend d’août à décembre. 

  • Les prix des produits alimentaires de base comme le maïs et les haricots, déjà élevés, sont maintenant à la hausse. Cette situation est plutôt atypique vu que juillet est le mois des récoltes et s'accompagne ordinairement d'une baisse des prix alimentaires. Des récoltes en dessous de la moyenne en République Dominicaine pourraient entrainer aussi des hausses de prix pour certaines denrées importées.  

  • La perte des récoltes et la tendance haussière des prix réduiront l’accès aux aliments des ménages très pauvres de la péninsule du Sud, du Nord-ouest, du haut Artibonite, du Sud-est, et du Nord-est. Beaucoup d’entre eux sont en Crise (Phase 3 de l’IPC) et y resteront jusqu’à la fin du scénario, tandis que d’autres verront leur situation s’empirer pour être soit en Crise soit en Stress (Phase 2 de l’IPC). 

Contexte national

Situation actuelle

Le mois de juillet coïncide avec les récoltes de la plupart des cultures semées entre mars et avril à travers tout le pays. Le maïs, les haricots de montagnes, le pois inconnu et les tubercules sont les principales denrées récoltées au cours de cette période. C’est l’un des mois de l’année où les catégories des pauvres et très pauvres se nourrissent de leur propre production avec la possibilité d’en vendre une partie. Cependant, en raison de la sécheresse qui sévit depuis avril dans de nombreuses zones du pays, les récoltes sont en-dessous de la moyenne

La pluviométrie. La saison pluvieuse qui s’étend généralement de mars/avril à juin était des plus erratiques pendant toute la période. Elle a démarré avec plus de 40 jours de retard dans le Nord-Est, l’Artibonite et des parties du Sud-Est. Le mois de mai, typiquement l’un des plus pluvieux, a connu des déficits pluviométriques d'entre 100 et 200 mm à travers presque tout le pays. On a enregistré en moyenne 300 mm de déficit dans les parties des départements du Sud et de la Grand ’Anse qui d'ordinaire bénéficient de plus de 500 mm de pluies entre mai et juillet. Selon les résultats de la télédétection du Tropical Rainfall Monitoring Mission (TRMM), le Plateau Central et le bas Artibonite ont reçu des pluies se situant entre 80 et 120 pour cent par rapport à la normale entre le 27 mars et le 24 juin (Figure 1). Des indices de végétation et des besoins en eau du sol, fournis à partir des imageries satellitaires, reflètent des conditions qui traduisent des stress hydriques non favorables au bon développement des cultures pendant toute la saison.

Cette baisse généralisée des pluies est liée au phénomène El Niño qui se développe depuis mars. Il se manifeste par des pluies saisonnières en-dessous de la moyenne. Il est observé non seulement en Haiti mais dans de nombreuses zones dans les Caraïbes. Les départements du Nord-ouest, du Sud-Est, du Nord-Est, la péninsule du Sud, une partie du département de l’Ouest et du Nord sont les plus touchés par la sécheresse.

Conséquences de la sécheresse sur la production agricole. Si dans certaines zones du Sud-est, particulièrement à Thiotte et à Mapou, les pluies ont démarré à temps facilitant ainsi les semis, dans d’autres les retards accumulés étaient considérables et les semis n’ont pas pu se faire à temps. Ce constat est aussi fait dans de nombreuses zones du Plateau Central. Les déficits hydriques provoqués par la faiblesse des pluies ont entrainé des retards de croissance des cultures comme le maïs et les haricots dans presque toutes les zones du pays.

Lors d'une mission conduite en mai par la CNSA et ses partenaires dans le Sud-Est, où les semis ont eu lieu un peu plus tôt en mars, on a pu constater le flétrissement des cultures dans presque toutes les communes. Particulièrement, dans les communes d’Anse-à-Pitres, Grand-Gosier, Belle-Anse et Jacmel, les pertes enregistrées pour le maïs et les haricots avoisinent les 100 pour cent. La situation n’est pas trop différente dans le département du Sud, hormis les zones irriguées. La Catholic Relief Services (CRS) qui intervient dans cette zone estime les pertes au niveau des aires irriguées à plus de 50 pour cent. Elles sont encore plus élevées dans les zones sous cultures pluviales où elles dépassent les 80 pour cent. On attend les résultats de l’évaluation de la production qui sera effectuée par le Ministère de l’Agriculture pour se faire une idée exacte du niveau de production au niveau des communes.

Dans les Nippes, le haut Artibonite, le Nord-ouest et la partie est du département de l’Ouest, les pertes sont tout aussi élevées. Dans les autres zones du pays comme le Plateau Central, le Nord, le bas Artibonite et une partie du département de l’Ouest, les pluies y étaient erratiques et la production sera inférieure ou proche de celle de la campagne du printemps 2014, estimée faible par l’évaluation conduite par la CNSA et ses partenaires en juillet 2014. Cependant, dans le Plateau Central, les champs, établis entre fin mai et début juin, souffrent actuellement de stress hydrique, ce qui provoque le flétrissement des plantations de maïs dans les zones où les sols sont superficiels. Toutefois, les cultures à cycle court et plus ou moins tolérantes à la sécheresse sont en récolte. C’est bien le cas du pois inconnu à Thomassique et dans certaines localités à Hinche et Maïssade ainsi que dans le Nord. Des mangues hors-saison sont également en récolte dans le Nord et le Plateau Central et dans de nombreuses régions du pays comme à Tiburon.

Impact de la sécheresse sur l’élevage. A l’exception du Nord-Ouest et du Sud-Est où des cas de mortalité de bétail ont été rapportés par les éleveurs, la sécheresse ne semble pas avoir un impact sérieux sur la production animale à date. La sévérité de la sécheresse dans ces deux zones et la rareté d’eau de surface dans les localités touchées ont grandement contribué à diminuer l’eau utilisée pour abreuver les animaux. Le fourrage ne fait pas encore défaut dans la plupart des zones car les fanes des cultures suffisent à nourrir le bétail. A la Gonâve, par contre, les éleveurs s’adonnent à l’élevage libre pour permettre aux animaux de se nourrir, vu que la majorité des agriculteurs n’avaient pu ensemencer leurs champs frappés par la sécheresse, rapporte Concern Worldwide, une ONG intervenant dans la zone.

Effet sur les ressources en eau à usage domestique. Dans le Sud-est, de Belle-Anse à Anse-à-Pitres, les ménages éprouvent de grande difficulté à s’approvisionner en eau à usage domestique. Des directeurs d’écoles ont fait mention d’absence de professeurs dans les classes au cours du mois de mai et de juin faute d’eau pour se laver. Certaines cantines scolaires ont cessé parfois de fonctionner par manque d’eau pour la cuisson. Des ménages n’arrivent pas certaines fois à préparer leur repas parce que les points d’eau d'où ils puisaient ont tari et devaient par conséquent se déplacer sur de plus longues distances pour s’approvisionner en eau. A Chardonnières dans le département du Sud, depuis le mois de juin, l’eau à usage domestique commence aussi à manquer. De nombreuses rivières ont tari ou atteint le niveau d’étiage depuis juin, ce qui arrive généralement entre décembre et février pendant la saison sèche. A la Gonâve, de nombreux points d’eau de surface qui alimentent la population sont complètement à sec, d’après un rapport de Concern Worldwide. Dans le Plateau Central, les débits des rivières sont, de façon atypique, à un niveau très bas, une situation qui risque de réduire la production rizicole dans le bas Artibonite.

Effet sur les moyens d’existence. Dépendamment de la zone, la vente des récoltes constitue 5 à 70 pour cent des sources de revenu des ménages pauvres. En tant que source de nourriture, la production agricole entre pour 20 à 25 pour cent dans leur consommation alimentaire. Avec des pertes de récolte allant jusqu’à 80 pour cent par rapport à la moyenne, les ménages pauvres auront fort à faire pour combler ce niveau de déficit. 

La main-d’œuvre comme source de revenu est généralement très importante chez les très pauvres. Elle couvre plus de 35 pour cent de leur revenu dans la plupart des zones du pays. La sécheresse, ayant entrainé une baisse des activités agricoles, induit une incidence négative sur la demande de la main-d’œuvre.

Par ailleurs, la pêche qui se pratique de façon artisanale, est très vulnérable aux moindres aléas climatiques. En effet, durant toute la période de mai à juillet, la mer a été houleuse. Conséquemment, les pêcheurs, dotés d’équipement rudimentaires et ne pouvant pas pratiquer la pêche en haute mer, n’ont pas pu exercer leurs activités depuis mai, ce qui réduit les revenus des ménages dépendant de cette activité

Avec la perte des récoltes dans de nombreuses zones du pays, le marché occupe encore une place plus importante comme source de nourriture. De plus en plus de pauvres s’adonnent au petit commerce en ayant recours à des institutions de micro-crédit. Cependant, les revenus tirés de ces activités sont plutôt insignifiantes, vu que la plupart des marchands vendent à peu près les mêmes produits, ce qui ne fait qu’allonger la rotation des produits et diminuer davantage leur revenu et donc leur pouvoir d’achat

L’évolution des prix des produits alimentaires. Pendant les mois de juin et de juillet, les prix des produits alimentaires de base comme les haricots et le maïs moulu amorcent habituellement des baisses significatives, alimentées par les récoltes de printemps. Cependant, pour cette saison, on observe une tendance contraire. Les prix des produits alimentaires de base sont à la hausse, dépassant dans certains cas et de façon considérable ceux de la moyenne quinquennale et de 2014 à la même période. Cette tendance traduit la mauvaise performance de la production agricole du printemps, connue comme la plus importante du pays. La semoule de maïs a enregistré des hausses de 11 pour cent et de 20 pour cent respectivement sur les marchés de Port-au-Prince et de Jérémie par rapport au mois de mai 2015. En glissement annuel, le prix du maïs a connu des hausses allant de 5 pour cent sur le marché du Cap-Haitien jusqu’à 108 pour cent sur celui de Jérémie.

 

Le prix du haricot noir a progressé sur presque tous les marchés dans des proportions allant de 8 pour cent à 30 pour cent par rapport au mois de mai, à l’exception des marchés des Gonaïves et du Cap où il est quasi-stable. En glissement annuel, Il varie de façon très significative sur tous les marchés allant de 43 pour cent à 108 pour cent.

Les prix des produits importés comme le riz, la farine de blé, le sucre et les huiles végétales sont généralement stables sur la plupart des marchés, ce malgré l'appréciation continue du dollar américain par rapport à la gourde. L’indice des prix de la FAO montre, cependant, que les prix de certains produits alimentaires comme les céréales et les huiles végétales ont accusé une légère hausse en juin et juillet 2015; mais les cours ont chuté de 17 pour cent en comparaison à juin 2014.

Par ailleurs, en République Dominicaine, le journal Hoy rapporte une augmentation des prix de certains produits agricoles au cours du mois de juin, attribuée à la sécheresse et à l’organisation des producteurs en coopérative. Par exemple, des produits maraichers tels piment, tomate et pomme de terre ont subi des augmentations assez significatives au cours du mois de juin. De plus, dans les zones frontalières comme dans le Plateau Central, le prix de la brisure de riz, largement consommée par les pauvres, passe de 85 gourdes la marmite en juin à 105 gourdes en juillet. Cette situation est probablement due à une baisse de production induite par la sécheresse.

Déportation de sans-papiers vers Haiti. La Direction de la Protection Civile, citée par OCHA, rapporte que 20 205 personnes sont arrivées via les postes officiels et les points non-officiels de la frontière haïtiano-dominicaine, entre le 21 juin et le 18 juillet 2015. Les nouvelles mesures prises par les autorités dominicaines à l’encontre des sans-papiers vivant sur leur territoire ont contraint ces personnes à fuir. L’Organisation Internationale de la Migration (OIM) estimait à 524 000 le nombre d’immigrants illégaux en République Dominicaine. Beaucoup d’entre eux n’ont pas d’attache en Haiti pour n’y avoir jamais mis les pieds auparavant ou pour avoir vécu pendant assez longtemps en République Dominicaine. Sans possibilité de trouver du travail, disposant de peu de ressources propres, et devant l’incapacité de l’Etat haïtien de leur fournir de l’aide, ces déportés ne feront que grossir le rang des personnes en insécurité alimentaire dans le pays.

Assistance humanitaire. Les projets d’assistance humanitaire comme Kore Lavi, financé par USAID continuent à offrir des services aux ménages pauvres. Des bailleurs comme ECHO financent des projets humanitaires dans le Sud-est, le Nord-Ouest, le Plateau Central et la Gonâve. Ce sont des projets de Cash for Work, d’eau et d’assainissement qui permettront de toucher un certain nombre de ménages pauvres mais ne seront pas d’envergure suffisante pour changer la situation dans les zones d’intervention. Les cantines scolaires restent fermées pendant les mois de juillet et d’août, période des vacances.

Si au niveau central, les responsables tardent à réagir face à la sécheresse, au niveau décentralisé se manifeste une prise de conscience devant ce phénomène. A l’instigation des délégués départementaux (représentants du gouvernement) dans les départements du Sud-Est, du Sud, de l’Artibonite et du Nord-Ouest, des opérateurs d’ONG, de la société civile, des institutions étatiques se sont réunies pour réfléchir sur la situation et ont proposé des plans de réponse. Mais des fonds n’ont pu encore être collectés pour financer ces plans de réponse.

Projets de développement. Des projets de développement agricoles sont en cours d’exécution dans certaines régions du pays. Ils permettent aux bénéficiaires de recevoir des intrants de qualité comme les semences et les fertilisants et même du cash pour conduire certaines opérations agricoles en particulier le labourage. Ces projets sont exécutés dans la Plaine des Cayes, la Plaine du Cul-de-Sac, le Nord et le Nord-est.

L’ODVA, organisme de l’Etat chargé d’appuyer les riziculteurs dans le bas Artibonite, leur fournit un accompagnement de plus en plus faible. Cet organisme n’arrive pas à assurer le curage des canaux d’irrigation et de drainage ainsi que le rehaussement des berges. Des 200 km de canaux qui entrent dans la composition du système, des prévisions ont été faites pour curer 40 km. Cent millions de gourdes ont été requises pour effectuer ces travaux, mais seulement 1.2 millions ont été décaissées. Dans ces conditions, on peut déjà s’attendre à une baisse significative de la production de riz pour la saison en cours.

Suppositions

Suite aux constats ci-dessus, on est amené à émettre les hypothèses générales suivantes:

 

  • La sécheresse qui frappe le pays depuis avril a entrainé une baisse significative de la production agricole. La production nationale couvre environ 50 pour cent des besoins alimentaires et la différence est apportée par les importations et l’aide alimentaires. Il est donc fort probable que la population soit confrontée pendant toute la période de la perspective à un déficit alimentaire qu’il lui sera difficile de combler.
  • La probabilité que les conditions d’El Nino se maintiennent est de 95 pour cent entre juillet et décembre 2015. El Nino est le plus souvent associé à des pluies bien inférieures à la moyenne. A cet effet, selon les prévisions saisonnières, la pluviométrie serait en-dessous de la moyenne jusqu’à la fin du scénario.
  • La période cyclonique qui s’étend de juin à novembre s’annonce très peu active cette année avec la probabilité de l’occurrence de trois ouragans dont un majeur. La probabilité qu’un cyclone touche le pays au cours de cette saison se révèle plutôt faible. Toutefois, tenant compte du niveau de vulnérabilité des zones à risque, le passage d’un cyclone, aussi faible soit-il, provoque des pertes élevées même au niveau de vies humaines.
  • Prévision d’une faible performance de la deuxième campagne agricole. La deuxième campagne agricole s’étend d’août/septembre à novembre/décembre. Les agriculteurs acquièrent leurs semences des récoltes antérieures ou du marché local. Vu la faible performance de la dernière campagne agricole et de celles de 2014, les réserves sont quasiment épuisées au niveau des marchés et des ménages. Il en résulte une montée des prix, dans certaines zones, allant jusqu’à plus de 100 pour cent pour les haricots, par exemple. Les prix des fertilisants chimiques accusent une augmentation de 40 pour cent. La cherté des intrants, associée à la baisse du pouvoir d’achat des agriculteurs, est susceptible d’induire une réduction significative des semailles d’été. Il en résultera une baisse de la production de la campagne agricole d’été de façon assez substantielle pour maintenir élevés les prix des produits alimentaires.
  • Production agricole en République Dominicaine. Par ailleurs, les conditions climatiques très peu favorables à la production agricole affectent non seulement les récoltes en Haïti mais aussi celles de la République dominicaine d'où proviennent des produits alimentaires consommés en Haïti. On signale, dans certaines municipalités de la république voisine, des pertes de récoltes en raison de la sécheresse, ce qui peut entrainer une hausse des prix des produits importés de ce pays pendant la période de la perspective.
  • L'Instabilité de la monnaie nationale. Dans l’espace d’un mois, entre juin et juillet, la monnaie nationale s’est fortement dépréciée. Elle a perdu plus de 10 points passant de 46 à 56 gourdes pour un dollar, soit une baisse de 22 pour cent. Tenant compte du fait que le pays importe près de 50 pour cent de ses besoins alimentaires, la dépréciation de la monnaie nationale pourrait enclencher une augmentation des prix des produits importés jusqu’à 10 à 20 pour cent. Bien qu'avec les injections par la Banque Centrale de plusieurs millions de dollars sur le marché des changes, la dépréciation de la gourde s'est quelque peu contractée depuis le début du mois d’août, les prix déjà élevés mettront du temps à suivre cette nouvelle tendance, laquelle s'explique par le délai mis par les importateurs pour s'ajuster aux nouvelles donnes du marché.
  • L'Augmentation des prix des produits alimentaires. Le mois de juillet marque généralement le début de la baisse des prix, après la période de pénurie alimentaire et une hausse modérée des prix entre avril et juin. Au lieu de baisser en juillet 2015, les prix ont tendance à grimper. Une situation qui pourrait continuer jusqu’en décembre 2015 et au-delà pour atteindre des niveaux allant de 10 à 20 pour cent pour les céréales et les légumineuses par rapport au mois de juin 2015.
  • Les animaux n’auront probablement pas assez de fourrage pour se nourrir dans certaines zones, entre août et décembre. Cette situation sera due à la persistance de la sécheresse qui entrainera également un manque d’eau pour l’abreuvage du bétail.
  • La demande de main-d’œuvre agricole. Les agriculteurs moyens et mieux lotis, confrontés à la hausse des prix des intrants agricoles, utiliseraient moins de main-d’œuvre pour la conduite de la campagne agricole d’été. Les très pauvres qui dépendent de cette demande pour tirer plus du tiers de leur revenu, pourraient faire face à une diminution sensible de ce revenu pendant cette période.
  • Les transferts privés reçus de l’étranger ne cessent de s’accroitre. Une augmentation d’environ 10 à 20 pour cent, entre juillet et décembre par rapport à 2014 à la même période, est probable. Se basant sur les données de la BRH relatives aux transferts, l’augmentation en glissement annuel est de 18 pour cent, passant de 112.5millions de dollars américains en juin 2014 à 136. 86 millions en juin 2015.
  • La rentrée scolaire en septembre/octobre occasionne de grandes dépenses pour les parents dont les enfants fréquentent le plus souvent des écoles privées. La probabilité qu’un nombre élevé de parents pauvres cesse d’envoyer leurs enfants à l’école, suite à la baisse de leur revenu et, donc de leur pouvoir d'achat, demeure élevée dans les zones les plus affectées par la sécheresse. Il est aussi à rappeler le dilemme de ces familles qui doivent faire un arbitrage entre maintenir leurs enfants à l'école et garantir leur sécurité alimentaire. Les études ont montré que si elles devraient envoyer leurs enfants à l'école, elles doivent diminuer la quantité et la qualité de leur consommation alimentaire (CNSA, ENSA 2011/2013).
  • Les élections législatives et présidentielles de 2015. Les élections entrainent généralement en Haiti des manifestations violentes comme c’est déjà le cas dans certaines communes (Petit-Goâve par exemple). Quand la fièvre électorale monte avec l’approche des élections, les manifestations pourraient devenir beaucoup plus violentes et de plus longue durée avec des incidences néfastes sur la circulation des biens et des services. Les plus pauvres qui dépendent de la main-d’œuvre journalière ou des activités de petit commerce dans les quartiers affectés pourraient être sujets à une réduction de leurs revenus. Les manifestations atteignent leur apogée la semaine qui précède ou qui suit la tenue des élections, empêchant ainsi aux pauvres de vaquer à leurs occupations.

Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

La performance médiocre de la production agricole du printemps aura des répercussions néfastes sur le revenu des populations rurales, particulièrement les catégories pauvres et très pauvres pendant toute la période de la perspective. En fait, à la fois source de revenu et de nourriture, cette production permet aux ménages de vendre beaucoup plus au marché qu’ils n’en achètent pendant les mois de juillet et d’août. De plus, c’est à partir des fruits de cette campagne que les agriculteurs moyens et mieux lotis vont dégager des ressources pour réinvestir dans la campagne agricole d’été. Le manque de semences pour la conduite de cette campagne et les perspectives du prolongement de la sécheresse laissent présager une demande de main-d’œuvre encore plus faible que la normale.

Le marché jouera pendant cette période un rôle beaucoup plus important comme source de nourriture qu’habituellement. Cependant, puisque les prix des denrées alimentaires de base sont à la hausse, il sera de moins en moins accessible aux plus pauvres. Les prix des produits importés qui, jusqu’à date, conservent une certaine stabilité, pourraient augmenter suite à la dépréciation de la gourde et à la tendance haussière des céréales sur le marché mondial. A moins d’augmenter leur revenu, les ménages de conditions socio-économiques précaires pourraient ne pas avoir assez de moyens pour satisfaire leurs besoins alimentaires.

En vue de faire face à cette situation, cette catégorie déploiera des stratégies d’adaptation. Beaucoup vont essayer d’entreprendre de nouvelles activités et intensifier celles déjà en cours. Dans certaines zones comme la Grand-Anse, le Nord-Ouest et le Sud-Est, beaucoup plus d’arbres seront abattus pour la préparation d’étaie pour la construction ou la fabrication du charbon. Un peu partout à travers le pays, beaucoup plus de femmes vont s’engager dans le petit commerce. Un ou plusieurs membres des ménages migreront vers les grandes villes ou comme boat-people. Cependant, le revenu généré par ces stratégies ne permettra pas de combler le déficit alimentaire. Beaucoup dans la péninsule du Sud, le Nord-Ouest, le haut Artibonite et le Nord-Est seraient contraints de vendre des biens productifs comme des outils ou des animaux reproducteurs pour se nourrir. Beaucoup de ménages dans ces zones, maintenant en Stress (Phase 2 de l’IPC) passeront en Crise (Phase 3 de l’IPC) au cours du mois d’août. D’autres sont déjà en Phase 3 et devraient y rester jusqu’à la fin de la période de perspective.

 

Pour plus d'informations sur les perspectives des zones de préoccupation, veuillez, s'il vous plaît, cliquer en haut de la page pour télécharger le rapport complet.

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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