Alerte

La sécheresse menace 3,5 millions de personnes en l’absence d’aide humanitaire

16 Octobre 2015

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

L’actuel phénomène El Niño a conduit à l’une des pires sécheresses des dernières décennies dans la majeure partie de l’Amérique centrale et en Haïti, et se traduit par des pertes substantielles au niveau de la production agricole de base pour les petits producteurs lors de la récolte du printemps/Primera. Les prévisions pour le reste de la saison actuelle d’été/Postrera sont mitigées, et des effets néfastes supplémentaires sur la production agricole sont possibles. Une aide alimentaire d’urgence est actuellement requise pour environ 2,5 millions de personnes faisant face actuellement à une situation d’insécurité alimentaire aigüe de Crise (Phase 3 de l’IPC). Les besoins en matière d’aide augmenteront en raison du début précoce de la période de soudure 2016 en février/mars, et pourraient concerner 3,5 millions de personnes.

L’Amérique centrale et Haïti continuent à être touchés par le phénomène El Niño, largement associé à une pluviométrie inférieure à la moyenne dans la région. Dans plusieurs régions, les estimations de la pluviométrie dérivées des satellites indiquent que la quantité totale de précipitations entre le 1er janvier et le 10 septembre 2015 était la plus basse des 35 dernières années. La prévision CPC/IRI indique avec une probabilité de 100 pour cent que l’évènement El Niño actuel se poursuivra au cours du mois de décembre, et qu’il persistera probablement jusqu’au printemps 2016 en Haïti.

La sécheresse a entraîné une réduction considérable de la production agricole pendant le printemps/Primera, surtout pour les petits producteurs en Haïti et dans les zones de « couloirs secs » d’Amérique centrale. En Haïti, les partenaires et autorités locales interviewés semblent indiquer la possibilité d’une récolte nationale de printemps inférieure à la moyenne à hauteur de 50 pour cent, avec des pertes au niveau local dans les zones les plus touchées oscillant entre 75 et 100 pour cent. Les évaluations officielles de la production au El Salvador et au Honduras, ainsi que des rapports de terrain et des interviews menées auprès d’autorités locales et d’agriculteurs au Guatemala, indiquent que les pertes nationales pour la récolte de la Primera variaient de 10 à 30 pour cent pour le maïs et les haricots. Les pertes pour nombre de petits producteurs étaient beaucoup plus importantes (par ex., 50 à 80 pour cent), et certains faisaient état de l’absence totale de récoltes. Les régions où les pertes survenues au printemps/Primera étaient les plus substantielles incluent le nord-ouest et la péninsule sud en Haïti, le couloir sec de l’ouest et l’est du Guatemala, des parties de l’ouest et surtout de l’est d’El Salvador, l’ouest et le sud du Honduras, et le nord-ouest et le centre du Nicaragua.

En Haïti, la sécheresse a réduit les possibilités de travail agricole, comme la préparation de la terre, le désherbage et la récolte. La disponibilité limitée en eau peut diminuer la productivité du bétail et accroître les dépenses relatives à l’eau pour la consommation du bétail et des hommes. Les ménages pauvres seront davantage tributaires de sources de revenu non agricoles, incluant le petit commerce, la migration du travail et la collecte et la vente de bois et de charbon de bois. Les nombreuses zones touchées par la sécheresse de 2015 avaient été également affectées par la faible production en 2014, par conséquent les chocs actuels affectant les sources habituelles de nourriture et de revenus surviennent alors que nombre de ménages très pauvres ont déjà eu recours à stratégies d’adaptation atypiques, si bien qu’ils se retrouvent plus fragilisés. Les prix sont supérieurs à la moyenne quinquennale sur la plupart des marchés, à hauteur de 5-30 pour cent pour la farine de maïs et de 50-110 pour cent pour les haricots noirs. Même si les prix du riz importé restent largement stables et proches de la moyenne, une dépréciation constante de la gourde haïtienne (HTG) par rapport au dollar américain (USD) pourrait faire monter les prix du riz. L’expulsion de nombreux Haïtiens de République dominicaine exerce aussi une pression supplémentaire sur les ménages hôtes dans certaines communautés frontalières, surtout dans le département du Sud-est. Présentement, des parties de la péninsule du sud et des départements du Sud-Est, du Nord-Ouest, du Nord-Est, de la haute Artibonite et du Centre sont en Crise (Phase 3 de l’IPC).

En Amérique centrale, la sécheresse a aussi causé une baisse de la production agricole de la Primera de 2015 comme celle des revenus provenant du travail agricole. Comme en Haïti, les ménages pauvres seront davantage tributaires de sources de revenus non agricoles qui sont déjà exploitées à la suite de la récolte de la Primera inférieure à la moyenne et d’une réduction des revenus provenant du secteur du café en 2014/2015. Bien que des conditions climatiques sèches aient contribué à atténuer la propagation plus étendue de la rouille du café, courante depuis 2012, la sécheresse réduira aussi les rendements de café pendant la saison 2015/2016, conduisant à des possibilités de travail dans ce secteur inférieures à la moyenne pendant la période de récolte qui s’étend d’octobre/novembre à février/mars. De même, la sécheresse entraînera sans doute une réduction des possibilités de travail dans le cadre de la production d’autres récoltes à forte valeur ajoutée (canne à sucre, cardamone, fruits, etc.). Même si les haricots rouges du Nicaragua et le maïs blanc du Mexique contribuent à atténuer les impacts d’une baisse de la production agricole sur l’approvisionnement du marché en Amérique centrale, les prix restent supérieurs à la moyenne quinquennale au Honduras, en El Salvador et au Nicaragua, de 10-35 pour cent pour les haricots rouges et de 5-25 pour cent pour le maïs blanc. À présent, les petits producteurs dans les zones des couloirs secs de l’ouest et de l’est du Guatemala et du Honduras qui ont subi de sérieuses pertes de production et font face à des possibilités de revenus inférieures à la moyenne sont en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC).

Le début de la saison d’été/Postrera en septembre a été irrégulier, avec une pluviométrie totale inférieure à la moyenne et un retard de 20 jours pratiquement du début de la saison dans certaines parties du centre et du sud du Honduras, du nord-Ouest Nicaragua, et dans certaines parties du sud et nord de Haïti. Les précipitations se sont améliorées au cours des dernières semaines et les prévisions au court terme, soit 1-2 semaines, indiquent qu’elles se poursuivront. Pourtant, les prévisions à plus long terme continuent à indiquer des pluies saisonnières totales inférieures à la moyenne pendant le reste de l’été/Postrera. Si la pluviosité reste faible, des pertes importantes au niveau des récoltes sont susceptibles de se produire. Cependant, si elle s’améliore au cours des semaines à venir, les récoltes de la Postrera pourraient s’avérer meilleures que celles que l’on attend actuellement. En outre, la persistance d’El Niño jusque dans la première moitié de 2016 se traduira probablement en récoltes de Apante/Postrera Tardía/hiver inférieures à la moyenne en Amérique centrale et Haïti, et pourrait avoir des incidences sur la récolte du printemps en Haïti.

Dans toute la région, jusqu’à 2,5 millions de personnes ont actuellement besoin d’une aide humanitaire urgente. Même si les conséquences de la Crise (Phase 3 de l’IPC) en cours peuvent être atténuées par les récoltes d’été/Postrera et d’hiver/Apante/Hiver, ainsi que par l’augmentation saisonnière de la demande en main d’œuvre agricole en Amérique centrale jusqu’en février/mars, les besoins d’intervention persisteront jusqu’à la fin des mois à venir. Pour les ménages les plus touchés, la dépendance accrue de sources de revenus non agricoles ne parviendra sans doute pas à compenser entièrement les répercussions sur le secteur agricole, conduisant les ménages à renoncer aux dépenses non alimentaires essentielles et/ou à réduire la taille et la fréquence des repas. Nombre de ménages pauvres sont susceptibles d’avoir peu ou pas de réserves alimentaires dès le mois de février, et ils entreront dans une période de faibles possibilités de revenus saisonniers. En outre, les prix supérieurs à la moyenne des aliments de base risquent d’augmenter à la fin de 2015 et au début de 2016 si les récoltes d’été/Postrera sont médiocres. Les besoins en aide extérieure urgente seront les plus élevés en Haïti et au Guatemala, où une assistance significative n’est ni en cours ni planifiée. Les gouvernements du Nicaragua, d’El Salvador et du Honduras disposent d’une aide permanente et prévue pour certaines des populations touchées. Pour autant, des besoins additionnels en assistance sont probables.

En l’absence d’aide humanitaire, FEWS NET estime que d’ici le mois de mars 2016, jusqu’à 1,5 millions de personnes en Haïti et 2 millions au Guatemala et au Honduras, en El Salvador et au Nicaragua seront en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC), c’est-à-dire qu’ils feront face à des écarts de consommation alimentaire ou qu’ils épuiseront leurs ressources essentielles afin d’obtenir suffisamment de nourriture. Ce phénomène pourrait se poursuivre jusqu’à la récolte du printemps 2016 en Haïti (juin) et de celle de la Primera en Amérique centrale (août). Ces besoins d’intervention sont nettement supérieurs à ceux des dernières années, y compris ceux survenus lors du choc de la rouille du café de 2012 et après les lourdes pertes enregistrées l’an dernier chez les agriculteurs de subsistance lors de la production du printemps/Primera.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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