Skip to main content

Des niveaux d’insécurité alimentaires toujours élevés, particulièrement dans les zones de conflits

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Afrique de l'Ouest
  • Février - Septembre 2024
Des niveaux d’insécurité alimentaires toujours élevés, particulièrement dans les zones de conflits

Télécharger le rapport

  • Messages clé
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Perspectives par pays
  • Messages clé
    • La réunion du dispositif régional de Prévention et de Gestion des Crises (PREGEC) de Mars 2024 estime la production céréalière définitive 2023/24 au Sahel et en l’Afrique de l’Ouest à 77 064 092 de tonnes, soit une légère baisse de 0,6% en comparaison à l’année dernière mais une hausse de 4% comparée à la moyenne quinquennale. Les baisses de productions les plus importantes ont été enregistrées dans la zone du Liptako Gourma et celle du bassin du Lac Tchad particulièrement au Niger (-5,5%), au Nigeria ( -5,7%) et Tchad (-7,2%) marquées par les l’insécurité et les conflits armés réduisant l’accès aux champs, et empêchant certains producteurs de procéder aux récoltes. La campagne de contre -saison se poursuit dans plusieurs zones de la bande sahélienne et se caractérise par une bonne disponibilité des produits maraichers sur les marchés ruraux et urbains. 
    •  Dans les pays du Golfe de Guinée, la période de fin février/début mars est marquée par le début de la saison des pluies dans la zone bimodale avec des faibles précipitations observées dans certaines zones du Nigeria et du Cameroun. Les prévisions saisonnières, élaborées par les centres régionaux (AGRHYMET, ACMAD), indiquent pour la grande saison des pluies 2024 de Mars à Juin, des cumuls de pluies normaux à excédentaires sur la zone bimodale allant du Nigeria au Sud-est du Ghana et sur les zones littorales Ouest du Libéria et du Sud Guinée. Sur la partie littorale de la Côte d’Ivoire et les parties Sud-est du Libéria et Sud-Ouest du Ghana, les cumuls de pluies seraient inférieurs aux moyennes de la période de référence. Les prévisions globales actuellement disponibles par la NOAA pour le Sahel, suggèrent des précipitations 2024 normales à supérieures à la normale. Ces conditions pluviométriques sont favorables pour une campagne agricole 2024/25 moyenne ou au-dessus de la moyenne.  
    • Les prix des aliments de base ont présenté des tendances diverses de janvier à février 2024, avec des prix stables ou en baisse dans certains pays en lien avec les tendances post-récoltes, contrastant avec des hausses dans certaines zones connaissant des déficits. Malgré la levée des sanctions par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) sur le Niger, les prix y sont restés à la hausse en raison des baisses de production. Des facteurs tels que les approvisionnements inférieurs à la moyenne, des coûts élevés de production et de transport, l'insécurité et les restrictions commerciales ont contribué à maintenir des niveaux de prix nettement supérieurs à la moyenne quinquennale au Sahel ; tandis qu'une forte demande, ainsi que des cours mondiaux et des coûts de transaction élevés ont principalement fait augmenter les prix dans les pays côtiers, y compris le Cameroun et le Togo. Au Nigeria, l'inflation annuelle a atteint un nouveau record, alimentée par la dépréciation de la monnaie et la suppression des subventions sur les carburants, entraînant  une hausse continue des prix des aliments de base. Les prix devraient augmenter dans les mois à venir et rester au-dessus de la moyenne dans toute la région jusqu'à la fin de la soudure.  
    • La majorité des zones restera en insécurité alimentaire Stress (Phase 2 de l’IPC) ou Minimale (Phase 1 de l’IPC) jusqu’en septembre 2024. Dans les zones affectées par l’insécurité civile, l’insécurité alimentaire Crise (Phase 3 de l’IPC) qui est en cours, notamment dans les provines du Kossi, Sourou, Yatenga, Séno, Sanmatenga, nord du Bam, nord du Namentenga, Komondjari, Gourma Tapoa et Kompienga au Burkina Faso, le Nord et l’ouest des régions de Tahoua at Tillabéry au Niger, les régions de Kanem, Bar el Gazel, Borkou, Tibesti, Ennedi Est et Ouest, Wadi Fira, Ouaddaî et Sila au Tchad, le Sud de la région de Gao au Mali, l’Etat  de Borno, et des portions de Yobé, Sokoto, Zamfara, Katsina, Kaduna et Plateau au Nigéria, et dans l’Extrême Nord du Cameroun persistera jusqu’en mai 2024. De juin à septembre, la Crise (Phase 3 de l’IPC) s’étendra à d’autres provinces au Burkina Faso (Bam, Gnagna, Koulpelogo), à la région de Hadjer Lamis au Tchad et à d’autres LGAs dans les Etats ci-dessus cités et celui du Niger au Nigeria. Dans les régions du Nord-ouest et Sud-ouest au Cameroun l’insécurité alimentaire Crise (Phase 3 de l’IPC) connaitra une légère amélioration à partir de Juin/Juillet grâce aux nouvelles récoltes qui permettront aux ménages d’évoluer en Stress (Phase 2 de l’IPC).  
    • Le niveau d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) actuellement observé dans les provinces du Loroum, Soum, Oudalan et Yagha au Burkina Faso, dans les LGA inaccessibles des Etats du nord-est du Nigeria (Abadam, Guzamala, Marte, Bama) au Nigeria, et dans la région de Menaka au Mali se maintiendra jusqu’en septembre du fait des stocks alimentaires limités des ménages, et leur accès limité aux marchés et à l'aide humanitaire. A partir de juin, ce niveau d’insécurité alimentaire gagnera la province du Séno actuellement en Crise (Phase 3 de l’IPC), dans la région du Sahel au Burkina Faso. Quant à la commune de Djibo au Burkina Faso sous blocus depuis près de deux ans, FEWS NET estime en mars 2024 que le risque de Famine (Phase 5 de l'IPC) pendant cette période de projection (février à septembre 2024) est faible, au regard de la production maraichère autour du barrage de Djibo supérieure à celle de l’an dernier, de l'augmentation du rayon de sécurité autour de la ville permettant aux ménages de collecter plus d'aliments sauvages, et de l'augmentation des flux de transferts de fonds vers Djibo. Toutefois, l’insécurité alimentaire d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) demeure le plus probable, compte tenu de l’épuisement de la plupart des sources de revenus et des gaps persistants de consommation. Ces résultats s’aggraveront pendant la soudure, avec une expansion de zones en Urgence (Phase 4 de l’IPC) à travers le nord du pays, ainsi qu’une augmentation de populations en Catastrophe (Phase 5 de l’IPC) dans les zones les plus inaccessibles. 

    Calendrier saisonnier pour une année typique
    West Africa Seasonal Calendar

    Source: FEWS NET


    Perspectives par pays

    Burkina Faso 

    • La situation sécuritaire demeure préoccupante dans les communes inaccessibles au nord du pays. Cependant, les ménages bénéficient d’un rayon de sécurité plus élargi comparativement à l’année passée, leur permettant d’accéder à des opportunités de revenus marginaux issus de la collecte et la vente du bois de chauffe, la vente d’eau, la pratique du maraichage et de l’orpaillage. Ces communes ont aussi bénéficié d’un approvisionnement par escorte au cours des trois derniers mois et l’assistance alimentaire s’est également renforcée depuis décembre. Cela a permis d’améliorer les disponibilités, et la consommation alimentaire et de réduire le nombre de personnes exposées à la Catastrophe (Phase 5 de l’IPC). Toutefois, les PDIs et les ménages hôtes pauvres continuent de limiter le nombre de repas et les quantités consommées au quotidien, les exposant à l’insécurité alimentaire aigue Crise ! (Phase 3 ! de l’IPC). Dans l’absence de planifications pour l’assistance humanitaire au cours des prochains mois, les résultats d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) sont les plus probables entre mars et septembre. 

    • Dans la commune de Djibo, bien que les informateurs clés indiquent une augmentation des envois de fonds et des cultures maraîchères par rapport à l'année dernière, la nourriture et les revenus tirés de ces activités restent bien en deçà de ce qui est nécessaire pour maintenir les vies et les moyens d’existence. Ainsi, la majorité de la population reste dépendante de l'aide alimentaire fournie par des hélicoptères ou des convois militaires intermittents pour la majeure partie de leurs besoins alimentaires. Bien que les informateurs clés indiquent une légère reprise du petit commerce lorsque les convois arrivent dans la ville, la majorité des activités de subsistance restent minimes. Les résultats de l'Urgence (Phase 4 de l'IPC) sont attendus jusqu'en septembre. 

    • Au niveau national, le marché des produits agricoles reste caractérisé par une perturbation des flux internes. La persistance des risques sécuritaires sur certains axes routiers, quoiqu’en baisse par rapport à 2023, rend difficile l’accès à certaines zones de productions et les transferts des produits agricoles vers les zones de consommation. Dans l’ensemble, les niveaux de prix des denrées de base sont similaires à ceux de l’année passée à la même période, mais demeurent au-dessus de la moyenne quinquennale. A travers le pays, les prix devraient évoluer au-dessus de leurs moyennes saisonnières entre mars et septembre créant ainsi une pression sur le pouvoir d’achat des ménages pauvres. 

    • FEWS NET a déterminé que le risque de Famine (Phase 5 de l'IPC) pendant cette période de projection (février à septembre 2024) est faible, sur la base de la production maraichère autour du barrage de Djibo supérieure à celle de l’an dernier, de l'augmentation du rayon de sécurité autour de la ville permettant aux ménages de collecter plus d'aliments sauvages, de la création de petits circuits d’approvisionnement de la ville par les commerçants, et de l'augmentation des flux de transferts de fonds vers Djibo, de sorte qu'en cas de perturbation de l'aide alimentaire humanitaire, la probabilité que la population commence à connaître des écarts de consommation alimentaire extrêmes avant que l'aide alimentaire ne parvienne à Djibo est faible. Toutefois, l’insécurité alimentaire d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) demeure le plus probable, compte tenu de l’épuisement de la plupart des sources de revenus et des gaps persistants de consommation. Ces résultats s’aggraveront pendant la soudure, avec une expansion de zones en Urgence (Phase 4 de l’IPC) à travers le nord du pays, ainsi qu’une augmentation de populations en Catastrophe (Phase 5 de l’IPC) dans les zones les plus inaccessibles.  

    • En février 2024, le gouvernement a de nouveau réduit les subventions sur les carburants, entraînant une augmentation de 15 pour cent, en moyenne, des prix de l’essence et du diesel. Celle-ci s’ajoute à l’augmentation précédente, de 16 à 25 pour cent, survenue en février 2023. La récente hausse des prix du carburant devrait entraîner une nouvelle hausse des prix des denrées alimentaires et des produits non alimentaires essentiels. Les ménages pauvres vivant en milieu urbain ou déplacés à l’intérieur du pays consacrent une part importante de leurs revenus à l’alimentation et devraient être les plus touchés par ces hausses supplémentaires. Selon l’Institut national de la statistique (INS), l’inflation annuelle au Cameroun a atteint 7,7 pour cent en décembre 2023, après cinq mois consécutifs d’augmentation. Elle dépasse donc de manière significative l’objectif de trois pour cent fixé par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Les données de l’INS laissent cependant penser que l’inflation alimentaire a diminué, passant de 12,9 pour cent en 2022 à environ 11,6 pour cent en novembre 2023. Les prix de la plupart des aliments de base demeurent supérieurs à ceux pratiqués l’année dernière et à la moyenne sur cinq ans. Ce phénomène peut cependant également être attribué à la baisse de la production agricole induite par les conflits, ainsi qu’à l’insécurité, au coût élevé des transports et à la dynamique des prix internationaux. 

    • L’impact des conflits et de l’insécurité, exacerbé par le prix élevé des denrées alimentaires, devrait entraîner des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) généralisées pendant la période de soudure dans la plupart des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et dans certaines parties de la région de l’Extrême-Nord. Les prix des denrées alimentaires de base atteignent actuellement des niveaux historiquement élevés dans ces régions. Leur augmentation devrait se poursuivre dans un contexte où les ménages s’appuient d’ores et déjà sur les achats alimentaires compte tenu de l’épuisement prématuré de leurs stocks. Les ménages vont continuer à rencontrer des difficultés dans la satisfaction de leurs besoins alimentaires minimaux. Leurs opportunités de revenus sont, en effet, limitées et leurs capacités d’adaptation ont été érodées par des années de conflit et d’insécurité. Ils ne sont donc pas en capacité d’atténuer les écarts de consommation alimentaire croissants auxquels ils doivent faire face. Les besoins en assistance alimentaire devraient culminer aux alentours des mois de mai et juin.  

    • Le niveau de conflit devrait demeurer élevé dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et continuer de perturber l’accès des ménages aux sources d’alimentation et de revenus, entretenant des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) au niveau de la zone au moins jusqu’en juillet. Pendant la haute saison, entre mars et mai, les revenus devraient s’avérer inférieurs à la moyenne du fait de la réduction de la superficie totale cultivée. Pour faire face aux prix élevés des denrées alimentaires, les ménages recourront probablement à la vente de leurs ressources restantes afin de dégager des liquidités, à l’achat de nourriture à crédit ou à la mendicité. Certains ménages pauvres des zones reculées de Lebialem, Menchum et Momo ont déjà épuisé leur capacité d’adaptation et vont être confrontés à des écarts de consommation alimentaire croissants. Une petite proportion d’entre eux devraient ainsi faire face à des situations d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) lors de la période de soudure. L’assistance humanitaire demeurera probablement insuffisante en raison du manque de financements et des difficultés d'accès pour l’aide humanitaire. Entre juillet et septembre, la disponibilité alimentaire devrait s’améliorer pour les ménages grâce à l’arrivée de la récolte sèche. Pour autant, la situation demeurera à un niveau de Stress (Phase 2 de l’IPC) en raison de récoltes limitées ne pouvant soutenir qu’une consommation alimentaire minimalement adéquate.  

    • Le nombre de ménages en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les départements du Logone-et-Chari, du Mayo-Sava et du Mayo-Tsanaga devrait augmenter lors de la période de soudure entre juin et août. Les données de l’ACLED montrent que le nombre d’événements conflictuels et de décès causés par la PAOEI dans ces zones a considérablement augmenté depuis avril 2023. En janvier, plus de 1 000 personnes ont été déplacées des districts de Mokolo et de Mora dans les départements du Mayo-Tsanaga et du Mayo-Sava (OIM). Beaucoup d’entre eux ont probablement eu à subir plusieurs déplacements du fait de l’insécurité et disposent de peu de moyens pour faire face à d’éventuels chocs supplémentaires. Si certains ménages pauvres de la région auront accès à un approvisionnement alimentaire limité et à des revenus provenant de la vente de leurs cultures et du travail salarié lors des récoltes hors saison, en mars et avril, beaucoup d’entre eux ne devraient pas être en mesure de satisfaire leurs besoins alimentaires minimaux tout au long de la période de projection. À mesure que progressera la période de soudure, les ménages devront probablement augmenter leur consommation d’aliments sauvages et intensifier la vente de bois de chauffage, de charbon de bois et de produits artisanaux dans le but d’atténuer les écarts croissants existant dans leur consommation alimentaire.  

     

    Mali 

    • Depuis décembre, la poursuite des attaques de l'ISGS dans la région de Ménaka, associée à l'imposition de blocus par les groupes armés du CSP, ont entraîné d'importants déplacements de populations et ont accentué l'isolement de la région. Selon le rapport sur les mouvements des populations de décembre 2023, plus de 65 pour cent de la population de Ménaka est déplacée et se concentre autour des villes d'Andéramboukane et de Ménaka. Aussi, l'accès humanitaire est faible et sujet à des perturbations par les menaces de sécurité le long de la route principale, ce qui perturbe considérablement l'accès des ménages pauvres à une source importante de nourriture. Compte tenu des pillages importants de bétail, des prix des denrées alimentaires très élevés et des possibilités limitées d'activités rémunératrices, des résultats d'Urgence (Phase 4 de l'IPC) est probable pendant toute la période allant de février à septembre, avec une faible proportion de la population en Catastrophe (Phase 5 de l’IPC), notamment dans les zones inaccessibles de Ménaka pendant la soudure. 

    • Dans le sud de Gao et de Mopti, aussi impacté par un niveau élevé d’insécurité, une dégradation probable de l’insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l'IPC) à Crise (Phase 3 de l'IPC) est attendue à partir de mai. Bien que ces zones soient confrontées à une forte détérioration des moyens d’existence et la hausse des prix des denrées alimentaires qui limitent l’accès des ménages à la nourriture, les populations ont un accès meilleur aux marchés et aux assistances humanitaires avec un déplacement de population beaucoup moindre qu’a Ménaka ; ce qui permet un certain niveau d’activité bien que faible par rapport à la moyenne.  

    • En dépit des disponibilités alimentaires moyennes au niveau national, grâce à la production de céréales et aux importations globalement moyennes, les prix des denrées de base restent au-dessus de la moyenne. Dans le centre et le nord du pays, les perturbations des flux commerciaux et parfois l’imposition de blocus sur les principaux axes réduisent les disponibilités alimentaires et engendrent une hausse plus prononcée par rapport à la moyenne des prix ; ce qui limite l’accès des ménages pauvres aux denrées alimentaires. 

    • Bien que les conditions d’élevage soient globalement favorables dans le pays, les fortes perturbations dans les mouvements de transhumance des troupeaux dans les régions de Ménaka, Gao et de Kidal engendreront une dégradation précoce des conditions d’élevage (pâturages et point d’eau) dans les zones accessibles. Les difficultés alimentaires pour le bétail attendues dans ces zones d’accueil réduiront les productions animales et les revenus des éleveurs voire des mortalités de bétail plus élevées que la moyenne. 

     

    Niger 

    • La hausse soutenue des prix des denrées alimentaires s’accélère à la suite de la conjugaison des facteurs agro climatiques, sécuritaires et sociopolitiques perturbant les circuits des échanges commerciaux. Les ménages pauvres des régions de Tillabéry et Tahoua qui, en plus de l’épuisement de leurs stocks céréaliers, font face à de faibles opportunités de vente de main d’œuvre dont les revenus gagnés sont aussi faibles et font recours à des stratégies d’adaptation négatives. Ils vivent dans une situation alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) alors ceux des régions de Diffa et Maradi ont évolué en Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC) grâce à des assistances alimentaires qui sont mensuellement distribuées à la majorité des personnes ciblées. 

    • La situation sociopolitique connaît une évolution significative avec le retrait annoncé de la CEDEAO motivé par les sanctions économiques et financières sur le Niger. Cette décision donne une nouvelle orientation aux négociations entre le Niger et la CEDEAO, comme en témoigne la levée des sanctions en vigueur depuis sept mois lors de la session extraordinaire des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO tenue à Abuja le 24 février 2024. Toutefois, les effets des sanctions en termes d’inflation, surtout des produits alimentaires, vont continuer d’impacter l’économie du pays et l’accès aux aliments pour les ménages pauvres durant les prochains mois.  

    • Les marchés des produits alimentaires sont approvisionnés grâce aux flux internes et aux importations qui suivent des circuits longs dont les effets entrainent des modifications dans la structure des prix des denrées alimentaires. Ce changement est aussi observé sur les marchés à bétail où les circuits des exportations vers les autres pays passent de plus en plus par le corridor du Burkina Faso. Malgré la levée des sanctions commerciales et la réouverture des frontières, les effets de ces circuits commerciaux alternatifs vont se maintenir sur les coûts de transactions et sur les prix à la consommation des denrées alimentaires qui vont atteindre des niveaux jamais égalés durant les 5 dernières années. 

    • Les programmes d’assistances alimentaires, qui ont connu un ralentissement dans leur mise en œuvre pendant les mois ayant suivi le coup d’état militaire, ont repris dans les régions de Diffa et Maradi car les sanctions prévoient des exemptions sur les actions à caractère humanitaire, notamment les achats des produits alimentaires et le financement des plans de réponse à l’insécurité alimentaire des organisations humanitaires. Ils permettent d’apporter une assistance alimentaire couvrant au moins 60 pour cent des besoins alimentaires des populations ciblées. Dans ces zones, les organisations humanitaires ont non seulement pu disposer de stocks alimentaires et financiers, mais en plus les conditions sécuritaires sont favorables à l’accès humanitaire pour les interventions au bénéfice des populations ciblées. 

    Nigeria 

    • Les récoltes de la campagne principale sont en cours dans tout le pays, améliorant de façon saisonnière la disponibilité alimentaire et l'accès à des millions de ménages à partir d'octobre. Cependant, les effets cumulés de l’augmentation des niveaux de violence et des enlèvements ciblant les civils, sur fond de périodes de sécheresse prolongées pendant la saison agricole dans le nord, d’inondations modérées dans les zones riveraines et de l’escalade de la crise macroéconomique, ont eu un impact négatif sur la production agricole. La production céréalière dans les zones excédentaires du nord devrait être inférieure à celle de l'an dernier et à la moyenne. Cela limitera probablement l’ampleur des améliorations saisonnières de l’accès à la nourriture, entraînant des prix atypiquement élevés des denrées alimentaires de base et soutenant des besoins d’aide alimentaire élevés dans le nord-est et le nord-ouest. 

     

    • Dans le nord-est, les combats internes entre groupes insurgés, les niveaux élevés d'enlèvements et l'augmentation de la criminalité continuent de déplacer les ménages vers les villes de garnison et de restreindre l'accès aux terres cultivées pendant la période de culture. Même si la plupart des ménages bénéficient de la disponibilité accrue des récoltes, la taille des parcelles est petite et la plupart des ménages resteront partiellement tributaires des achats pour satisfaire leurs besoins alimentaires pendant la période des récoltes. Cependant, les opportunités limitées de génération de revenus et la détérioration du pouvoir d’achat limitent l’accès financier à la nourriture, ce qui entraîne des écarts de consommation et des résultats de crise (Phase 3 de l’IPC). Dans les zones inaccessibles, en particulier dans les zones de gouvernement local (LGA) de Bama, Marte, Guzamala et Abadam, les ménages auront une mobilité limitée, un accès difficile aux marchés fonctionnels, des récoltes limitées, voire inexistantes, et une capacité d'adaptation épuisée et seront probablement confrontés à une situation d'Urgence (Phase 4 de l'IPC) jusqu’en mai 2024. 

    • Malgré des besoins élevés en aide alimentaire, la présence humanitaire reste limitée dans le nord-ouest et le centre-nord. Le banditisme et les enlèvements contre rançon se sont multipliés de juin à septembre, perturbant les moyens de subsistance, limitant la mobilité et entraînant des déplacements de population dans les zones les plus touchées. Alors que les ménages qui cultivaient bénéficieront d'une amélioration temporaire de l'accès à la nourriture avec les récoltes saisonnières d'octobre à décembre, la plupart des ménages pauvres n'ont pas pu cultiver en raison de faibles opportunités de revenus. Les perturbations du fonctionnement du marché et les prix élevés ont été exacerbés par le déclin des activités commerciales transfrontalières avec la République du Niger. Les ménages touchés par le conflit connaissent des déficits de consommation alimentaire et devraient faire face à une Crise (Phase 3 de l'IPC) jusqu'en mai 2024. Un sous-ensemble des ménages les plus touchés par le conflit qui n'ont pas pu cultiver sont dépendants des aliments sauvages, du troc et de la mendicité pour accéder à la nourriture et sont probablement confrontés à une situation d’Urgence (Phase 4 de l’IPC). 

    • Les conditions économiques se sont considérablement détériorées au Nigeria. La valeur du naira nigérian (NGN) chute rapidement sur le marché libre, atteignant un plus bas record de 1 200 NGN/USD au niveau des bureaux de change en fin octobre. L’inflation a atteint 26,8 % en septembre 2023 – le plus élevé depuis 2005 – les réserves extérieures continuent de baisser et la production pétrolière nationale reste bien inférieure au quota journalier de l’OPEP+. Les prix des biens importés et nationaux restent anormalement élevés en raison des coûts de transport élevés associés à l’augmentation des prix du carburant à la suite de la suppression des subventions sur les carburants. En septembre, dans la LGA de Maiduguri, les prix du maïs et du mil étaient de plus de 100 pour cent plus élevés qu'en septembre 2022. En raison de ces facteurs, le pouvoir d'achat des ménages s'est détérioré, réduisant l'accès à la nourriture pour des millions de ménages qui dépendent de l'achat pour l'alimentation. 

    Tchad 

    • L’afflux des réfugiés et des retournés continue d’exercer une pression sur les sources de nourriture et de revenus. Il y a une forte concurrence sur les rares opportunités existantes. La suroffre de main d’œuvre entraine une baisse des revenus pour les ménages, limitant ainsi leur accès aux denrées alimentaires de base en raison de la hausse atypique des prix. Les ménages pauvres font face à des déficits de consommation alimentaire malgré les stratégies d’adaptation négatives développées et les pratiques sociales de solidarité, dont le partage de repas. Ils dépendent principalement des assistances alimentaires. De ce fait, les ménages hôtes pauvres, les réfugiés et les retournées d’Assoungha et de Kimiti sont en insécurité alimentaire aigüe de type Crise ! (Phase 3 !). En absence de l’aide alimentaire, ils seraient en insécurité alimentaire aigüe de type ’Urgence (Phase 4 de l’IPC). 

    • Dans les autres départements d’Ouaddaï et de Sila, ainsi que les provinces de Wadi Fira et d’Ennedi de l’Est, il y a une insécurité alimentaire aigüe de type Crise (Phase 3 de l’IPC) est attendue. Au Lac, les épuisements des stocks des ménages et les faibles revenus dus à la dégradation des moyens d’existence limitent leur accès aux marchés. Les ménages hôtes et les déplacés internes font face à des déficits de consommation alimentaire et sont en insécurité alimentaire aigüe de niveau Crise (Phase 3 de l’IPC). Dans le Sahel Ouest et la zone saharienne, la hausse atypique des prix des produits alimentaires en raison des perturbations des flux des produits importés de la Libye limite l’accès aux marchés des ménages pauvres. Ils sont en Crise (Phase 3 de l’IPC). 

    • La hausse atypique des prix des produits alimentaires est due à la baisse de l’offre sur les marchés entraînée par des déficits de production céréalière locale et des coûts élevés de transports. Une hausse du prix du mil dépassant plus de 45 pour cent est observée par rapport à la moyenne quinquennale. Un des facteurs déterminants du prix des produits alimentaires est la hausse des prix du carburant qui a causé la diminution des flux internes entre les marchés céréaliers et des flux des produits importés, en particulier à partir du Cameroun, le seul flux entrant encore fonctionnel. Ainsi, la pénurie et la hausse des prix du carburant ont entraîné des coûts élevés de transport impactant l’approvisionnement des marchés en produits alimentaires locaux et importés et aussi leurs prix.   

    • L’assistance alimentaire constitue la principale source de nourriture des réfugiés soudanais et retournés tchadiens. L’afflux continu de ces réfugiés dans les provinces d’Ouaddai, Sila, et Wadi Fira accroit les besoins en assistance alimentaire d’urgence qui resteront élevés pendant la période de soudure. Cependant, l’assistance alimentaire en nature et sous forme de transferts monétaires en cours n’arrive pas à couvrir le nombre des personnes en besoin. En outre, la ration distribuée mensuellement n’est pas complète et ne couvre les besoins des bénéficiaires que pour une période de deux à trois semaines.  

    • Confrontés à une sévère soudure pastorale, précoce, la plupart des transhumants ont investi les localités soudaniennes en quête de résidus de récolte de la campagne pluviale et des pâturages naturels résiduels et de points d’eau. Par ailleurs, des heurts réguliers sont notés dans la zone. Ils sont liés à la présence massive des transhumants dans la zone depuis janvier 2024 et dont les animaux causent d’importants dégâts dans les champs agricoles continuent de suivre de près l'évolution de la consommation alimentaire des réfugiés, retournés et ménages hôtes). 

     

    Pays suivis à distance1

    Mauritanie 

    • En février dans les zones agricoles et agropastorales, les stocks alimentaires des ménages et les produits animaux restent largement disponibles, permettant à la majorité des ménages de couvrir leurs besoins de consommation alimentaire et d'être en Minimal (Phase 1 de l'IPC). Cependant, certains ménages pauvres dont les stocks alimentaires commencent à s’épuiser, les pousse à dépendre de plus en plus des marchés pour leur alimentation, subissant ainsi des effets de Stress (Phase 2 de l’IPC). En particulier, dans la région du Hodh El Chargui, l'arrivée massive de réfugiés maliens ces derniers mois suite à la dégradation de la situation sécuritaire au Mali, met sous pression les ressources locales de la zone, déjà fragilisées par le déficit pluviométrique de 2023. Des besoins devraient s’accroitre du fait de la pression qui s’accentue sur les approvisionnements alimentaires. La région devrait être en Crise (Phase 3 de l’IPC) à partir du début de la soudure en juin. 

    • Au 31 janvier 2024, le HCR a recensé 71 301 réfugiés à l'extérieur du camp de la wilaya du Hodh El Chargui, dont 14 410 nouveaux arrivants dans le seul mois de janvier 2024. Alors que la plupart des arrivants sont des éleveurs qui ont amené leur bétail et qui ont pu accéder à des opportunités de travail quotidien, plus d'un tiers d'entre eux ont déclaré compter sur la charité de la population hôte, selon une enquête de l'OIM. Cette situation risque également de s’aggraver dans les mois à venir. Pour les arrivées enregistrées au camp de Mbera, le PAM vient de recevoir un don de 5 millions de dollars dans le cadre d'un accord avec l'USAID, au profit des réfugiés maliens qui devrait soutenir les programmes au sein du camp. 

    • Les marchés sont bien approvisionnés en produits importés et locaux. Cependant, les prix des produits agricoles locaux sont partout en hausse par rapport au mois précédent en raison du léger resserrement de l'offre du marché alors que les stocks commencent à diminuer. En revanche, les prix des denrées alimentaires importées, notamment le sucre, l'huile végétale, le riz et les pâtes alimentaires, après avoir connu une forte hausse au cours des deux dernières décades du mois de janvier, sont en légère baisse. Il faut toutefois noter que les prix des légumes importés ont augmenté depuis janvier 2024 en raison de la nouvelle tarification de ces produits. Les marchés à bétail sont également bien approvisionnés ce mois-ci. Si les prix sont en baisse en février par rapport au mois dernier en raison d'un ralentissement de la demande urbaine, ils restent néanmoins supérieurs à ceux de la même période en 2023. Au marché de Nouakchott par exemple, le prix du mouton moyen a baissé d'environ 200 MRU et au marché Adel Bagrou, la baisse est d'environ 300 MRU par rapport au mois dernier. 

    République Centrafricaine 

    • La saison sèche se poursuit en février dans toutes les zones agroécologiques du pays. Les ménages les plus pauvres ont épuisé leurs réserves alimentaires et dépendent actuellement des marchés où les prix restent élevés ; ils sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë de Stress (Phase 2 de l’IPC). En revanche, dans les zones où la sécurité est instable, notamment dans la Haute-Kotto et le Haut-Mbomou, les ménages sont confrontés à une insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l'IPC) en raison de l'insuffisance de la production agricole et de l'insécurité qui privent les ménages de leurs moyens de subsistance habituels. Dans les zones relativement calmes, la plupart des ménages disposent encore de réserves alimentaires suffisantes, assurant une insécurité alimentaire aiguë Minimale (Phase 1 de l’IPC). 

    • Les prix des denrées alimentaires restent élevés en raison de la demande croissante des ménages à l’approche de la période de soudure, ainsi que des pénuries et des perturbations de l’approvisionnement en carburant. Les hausses de prix sont plus prononcées dans les zones les plus touchées par le conflit. Par exemple, les prix du riz et du manioc à Obo sont respectivement 79 et 48 pour cent supérieurs à la moyenne de l'année dernière et 43 et 29 pour cent supérieurs à la moyenne quinquennale. 

    • Les conflits et les décès liés aux combats se sont quelque peu stabilisés en 2023. Cependant, la situation sécuritaire reste précaire dans certaines zones (notamment Ouham-Pendé, Haut-Mboumou, Vakaga et Haute-Kotto), et les cas de violences contre les civils provoquant des déplacements de populations continuent d’être enregistrés. Au 31 décembre 2023, l'OIM a enregistré 470 406 personnes déplacées internes (IDP), parmi lesquelles de nombreux nouveaux déplacés suite aux inondations et à l'activisme des groupes armés, ainsi que des victimes des conflits liés à la transhumance. Cependant, malgré l’instabilité continue dans certaines zones, le retour des personnes déplacées vers leurs lieux d’origine se poursuit, avec plus de 237 900 retours au cours de l’année 2023. 

    Citation recommandée: FEWS NET. Afrique de l'Ouest Perspectives sur la sécurité alimentaire Février - Septembre 2024: Des niveaux d’insécurité alimentaires toujours élevés, particulièrement dans les zones de conflits, 2024.

    1

    Avec le suivi à distance, un analyste travaille habituellement à partir d’un bureau régional proche, comptant sur un réseau de partenaires pour les données. Par rapport aux pays ci-dessus où FEWS NET dispose d’un bureau local, les rapports concernant les pays suivis à distance peuvent être moins détaillés. 


     

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

    Get the latest food security updates in your inbox Sign up for emails

    The information provided on this Website is not official U.S. Government information and does not represent the views or positions of the U.S. Agency for International Development or the U.S. Government.

    Jump back to top